5. A quatre pattes devant son dieu...

 

 

 

 

« Aux premières victimes du parti (lors du putsch de la brasserie tenté par Hitler à Munich) sera rendu un culte digne de celui des martyrs chrétiens. Les mots qui évoquent les cérémonies célébrant “la résurrection de l’Empire grand-allemand” s’inscrivent dans l’ordre de la transcendance chrétienne : mystique de Noël, martyre, résurrection (...) venaient ponctuer les actes du Führer et du parti nazi. (...) Hitler alla même jusqu’à revendiquer sa filiation divine et qualifier sa mission de religieuse : “La Providence nous guide, nous agissons selon la volonté du Tout-Puissant” professe-t-il dans de nombreux discours (...) Au palais des sports, les masses sont prises d’une ivresse insensée”. Rien d’étonnant à ce que le Nazisme ait été “pris par beaucoup de gens pour l’Evangile, puisqu’il se servait de la langue de l’Evangile”, que Mein Kampf ait été appelé “la Bible du National-Socialisme” et que le mot Reich, bien au-delà de sa signification politique, terrestre, s’élevait à des hauteurs, celles de “l’au-delà chrétien, le Himmelreich, le Royaume des cieux”. »1

 

Ça a bien failli marcher... mais la plupart des extraits des discours d’Hitler retransmis par les archives cinématographiques sont soigneusement expurgés de ses plagiats catéchistes: “Les mots engendrent, les mots transforment, les mots détruisent (...) Question classique inépuisable: comment l’activité inconsciente trouve-t-elle des voies de passage par la pensée verbale ?”2

Tout se passe comme si le délire nazi n’avait dû sa puissance pathogène qu’à ses propres “forces obscures” et que la psychose monothéiste et chrétienne n’y était pour rien.

 

Le génocide au fondement commun des monothéismes3

Les prescriptions sexuelles religieuses font l’objet de nombreuses analyses – loin d’épuiser la question. Je n’y reviendrai pas mais ajouterai un angle de vue. A travers la contemption du corps, c’est de l’animal sui generis dont il serait question : c’est en tant qu’animal déviant que le mythe fondateur monothéiste chasserait l’humain du “jardin de paradis” originel. Cette chasse à la bête persiste à diriger non seulement la politique, mais l’économie de nos cultures contemporaines, éclairées, “laïques” et postmodernes...

 

L’animal est le repoussoir de l’humain – Darwin a beau farcir nos têtes bien pleines, c’est sur l’exclusion de la bestiole que nous persistons à nous fonder en humanité. Glissement de sens : on s’identifie à l’humain par l’exclusion. L’Autre et l’étranger bêtifiés peuvent alors être traités au mieux en animaux domestiques, au pire en matériau de boucherie ou vermine à éradiquer. Africains et Amérindiens, définis comme humanoïdes “singeant” (sic) le visage humain (et donc l’image divine) selon les termes de l’Eglise catholique lors de la Conférence de Valladolid (1550-51) qui tenta de trancher la question de savoir si les “sauvages” avaient ou non une âme (point crucial qui aurait entériné la culpabilité de l’Eglise en regard des effroyables génocides de la Conquista et la question restera bien sûr sans réponse), tenaient ainsi lieu – et le tinrent longtemps – de “chainon intermédiaire” entre l’animal et l’homme.

Darwin lui-même ne tirera pas son terme de “chainon manquant” ex nihilo...

 


1 Marie-Claude Fusco citant Viktor Klemperer (LTI, la langue du IIIe Reich) in « Langue totalitaire, langue du religieux », revue Topique n° 96, Vers les monothéismes, L’esprit du Temps 2006-3 p. 130.
2 Nathalie Zaltzman, « L’Impact des mots », revue Topique, op.cit. p. 86
3 Judaïsme, Christianisme et Islam – il faut tenir compte des schismes opérant des distinctions radicales : catholique, orthodoxe, anglican et protestant (Christianisme), sunnite, chiite et soufie (Islam), orthodoxe, massorti et libéral (Judaïsme) : la tentation polythéiste s’inscrit dans l’histoire même, l’ensanglantant de crimes répétés.

 

©2017 Anne Vernet-Sévenier                                                                                                              Lire la suite...

Le Monde des hommes sensés

5. A quatre pattes devant son dieu

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“Cette histoire s'est passée très loin des oxydes de carbone

Environ 3 millions d'années avant Michael Jackson
On peut donc affirmer sans offenser son archevêque
Que Dieu a la gueule et l'aspect d'un australopithèque

Dieu est un drôle de mec

Un australopithèque
Oui mais on l'aime quand même

Dieu est amour toujours
Dieu est amour
Et Jésus change le beurre en vaseline

Dieu est in”

 

Hubert-Félix Thiéfaine,

la Nostalgie de Dieu

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